Tout le monde s’accorde sur le fait que l’Afrique est potentiellement le continent le plus riche du monde et il a aujourd’hui tout ce qu’il faut pour le devenir effectivement.

Cependant, en dépit des indépendances octroyées au début des années 60 et de la « démocratie » arrivée au début des années 90 et ce malgré la multiplicité des « aides au développement », les indicateurs sociaux restent des plus faibles dans de nombreux pays alors que les violations des libertés fondamentales et la corruption vont grandissantes.

Pour expliquer la situation chaotique dans la plupart des pays africains, plusieurs accusent les puissances coloniales et impérialistes. Elles ont une part de responsabilité, mais elles en sont pas les seules responsables.

Il est vrai qu’après les indépendances, les pays d’Afrique noire francophone ont hérité de présidents qui n’étaient pas des nationalistes, tous ces derniers ayant été soigneusement éliminés par la puissance coloniale parce qu’il s’agissait en réalité de donner des indépendances de façade et de continuer à dominer et à piller les richesses.

Ces présidents étaient donc des « gouverneurs noirs » plus enclin à satisfaire les intérêts de la puissance coloniale que ceux de leurs populations.

Avant les indépendances, le multipartisme existait dans quasiment tous les pays. Une fois au pouvoir, les « gouverneurs noirs » ont dissout tous les partis politiques et établi le monopartisme. Ils ont créé des partis uniques dont ils étaient évidemment les « présidents fondateurs ».

Au Gabon, sous le premier président Léon Mba, il y avait plusieurs partis politiques en présence. C’est M. Albert Bernard Bongo (qui deviendra plus tard El Hadj Omar Bongo, puis El Hadj Omar Bongo Ondimba) qui va instituer le monopartisme trois mois après son accession au pouvoir, en mars 1968. Il va mettre en place le tristement célèbre « Parti Démocratique Gabonais » (PDG).

En 1990, alors qu’Omar Bongo affirmait que tant qu’il vivra et sera à la tête du Gabon, il n’y aura jamais de multipartisme, il va être contraint par un contexte international (Discours de François Mitterand de la Baule, sommet France-Afrique et la chute du mur de Berlin) et surtout par une contestation à l’intérieur du pays d’organiser une conférence nationale qui va aboutir, entre autres, à l’instauration du multipartisme. Par abus de langage, on a parlé d’instauration de la démocratie.

En effet, 28 ans plus tard, on réalise qu’au lieu d’aboutir à l’instauration de la démocratie, le vent de contestation du début des années 90 a plutôt conduit à la mise en place de « démocratures », c’est-à-dire des dictatures qui se sont dotées d’institutions dites « démocratiques » mais qui en réalité sont au service de leur maintien au pouvoir au détriment de ce que veulent réellement les populations. Ainsi a débuté le cycle infernal « élection – fraude du parti au pouvoir, celui du dictateur – répression des populations qui contestent les résultats frauduleux annoncés – dialogue qui maintient au pouvoir le perdant des élections et octroie quelques postes aux opposants et poursuite de la dictature.

Pourquoi s’inquiéter du manque d’alternance au pouvoir en Afrique et surtout en Afrique Centrale ? En effet, l’Afrique Centrale reste le dernier bastion de la dictature sur le continent. Même si en Afrique de l’Ouest, le Togo s’entête à conserver une dictature vieille de 50 ans et qui s’est transmise de père en fils.

Les Présidents d’Afrique Centrale (Cameroun, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Équatoriale, RDC, Tchad) cumule à eux seuls 208 ans de présence au pouvoir (Gabon, 50 ans, Bongo Ondimba, père et fils – Congo-Brazzaville, 38 ans, Sassou Nguesso, Guinée Équatoriale, 38 ans, Obiang Nguema – Cameroun, 36 ans, Paul Biya – Tchad, 26 ans, Idris Déby – 26 ans et RDC, 20 ans, Kabila père et fils).

D’après le premier rapport de la Campagne Internationale « Tournons La Page », 87% des Gabonais n’ont jamais connu que les bongo ondimba au pouvoir ; 76% des Équato-guinéens n’ont jamais connu qu’Obiang Nguéma ; 76% des Camerounais, Paul Biya ; 66% des Tchadiens, Idris déby ; 53% des Congolais de RDC, les kabila).

Dans les autres régions d’Afrique, le champion c’est le Togo, 88% des togolais n’ont connu que les Gnassimbe au pouvoir. Ils y sont depuis 50 ans (père et fils). Au Soudan, 66% de la population n’a connu qu’Omar El Bechir au pouvoir.

Pourquoi ces longévités au pouvoir posent-elles problème ?

Le problème ici est que tous ces présidents qui se maintiennent au pouvoir le font au détriment de leurs populations respectives. Ils pillent, oppriment ces populations. Leur unique projet est la conservation du pouvoir pour leur bien et celui de l’oligarchie qui les entoure.

Ces présidents et leurs oligarchies pillent leurs propres pays, spolier leur propre population au profit de paradis fiscaux. Ils amassent des sommes d’argent que même leurs descendants jusqu’à X générations ne pourront entièrement utilisés. Ils enrichissent les paradis fiscaux et les États occidentaux dans lesquels ils font des placements parce que comme l’histoire nous l’a montré, une fois qu’ils décèdent, rien n’est rétrocédé ni à leurs ayant-droits, ni à leurs États.

On ne peut pas être insensible à la misère des populations et ce d’autant plus que cette dernière n’est pas le fait d’une quelconque fatalité. Elle est le fait d’hommes et de femmes, du même pays, qui prêtent serment pour défendre les populations, mais qui leur font subir les pires atrocités. On peut donc lutter contre cet état de choses en changeant les dirigeants indignes. Et c’est à cela que doit aboutir la démocratie qui se définit comme étant le pouvoir du peuple par le peuple. La liberté de choisir et démettre leurs dirigeants fait partie des droits fondamentaux de tout peuple.

C’est pour cela qu’il ne saurait y avoir de démocratie sans alternance au pouvoir. Il est clair que les populations ne veulent plus de ces dirigeants, mais le bal des élections volées fait que ces derniers s’imposent à ces populations violant ainsi leurs droits les plus élémentaires.

« Lorsqu’on est conscient que l’on vit dans un pays démocratique, que le pouvoir vient du consentement des gouvernés, on ne saurait être ni exclusif, ni aveugle, ni même sourd à l’égard de ces derniers. Mais, si on a le sentiment qu’il suffit de le désirer pour rester au pouvoir indépendamment de ce que pense et veut le peuple, on peut faire preuve d’arrogance, de suffisance et d’entêtement. Un juge américain, disait « c’est la certitude de la sanction qui dissuade du crime ». Si ceux qui ont le pouvoir dans le pays n’ont pas la certitude que le peuple peut les sanctionner en le leur retirant simplement, pourquoi vont-ils se battre pour le satisfaire vraiment ? » [1]

Même des organisations comme le Secours Catholique ont compris que pour lutter efficacement contre la pauvreté en Afrique, il faut s’attaquer à la mal-gouvernance. Et qui mal-gouvernance, dit absence de démocratie et qui dit absence de démocratie dit conservation du pouvoir.

Améliorer le niveau de vie des populations, œuvrer à l’amélioration de leurs conditions de vie, se battre pour le respect de leurs droits, voilà pourquoi je me bats contre les dictatures. Voilà pourquoi je me bats pour l’instauration de vraies démocratie sen Afrique.

 

« En Afrique comme ailleurs, Il n’y a pas de démocratie sans alternance »

(Tournons La Page).

[1] Extrait de « Gabon, Pourquoi j’accuse… » éditions L’Harmattan, p.66-67.

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